Une socioéconomie des travailleuse du sexe

Après avoir longuement parcouru quelques sulfureux coins de rue, des maisons closes et plusieurs strip-clubs, cinq économistes américains livrent maintes observations qui valent le détour.

En coopération étroite avec les travailleuses du sexe et la police, Steven Levitt et Sudhir Venkatesh, respectivement professeurs d’économie à l’université de Chicago et de sociologie à l’université de Columbia, ont réalisé « An Empirical Analysis of Street-Level Prostitution », étude basée sur 2 200 « transactions » effectuées entre 2005 et 2007 par 160 prostituées à Chicago et dans plusieurs grandes villes américaines.

Dans la ville d’Al Capone, les activités de prostitution ont lieu sur seulement 0,3 % des angles de rue, vendeuses et clients devant se retrouver très rapidement, le plus souvent près des gares, des voies à grande circulation ou près de vieux quartiers à forte animation nocturne. Grâce à leur grande fréquentation, ces lieux ont le mérite de détourner l’attention et d’anonymiser les demandeurs autant que possible.

Les revenus moyens d’une sex worker sont nettement supérieurs à la moyenne : 27 dollars par heure, soit en moyenne 3 à 4 fois plus qu’une secrétaire comptable… Mais avec des risques drastiquement plus élevés : plus de 300 rapports sexuels par an sans préservatifs et une agression violente chaque mois ! Afin d’obtenir la clémence des forces de l’ordre, voire de bénéficier de la très relative (mais parfois nécessaire) protection physique et relationnelle d’un agent de police, la travailleuse du sexe devra systématiquement lui offrir des transactions gratuites et lui reverser 3 % de ses gains mensuels. Dans de telles conditions, on comprend qu’elle n’ait guère envie de se rendre au commissariat pour porter plainte. Les deux universitaires ont constaté que policiers et prostituées entretiennent une longue relation faite d’amour, de haine et de racket.

Toutefois, la travailleuse du sexe sera placée en garde en vue environ toutes les 450 passes et toujours libérée le lendemain après quelques sermons. Seulement une prostituée sur dix purgera une peine de prison ferme, excédant rarement plus de 14 mois car vite transformée en conditionnelle bien avant ce délai. La justice criminelle semble avoir plus d’impact sur le commerce de la drogue ou des armes que sur la prostitution, c’est-à-dire très peu.

A Chicago, à New York, à Philadelphie, à Los Angeles et ailleurs, la politique tarifaire d’une sex worker est segmentée par la typologie socio-ethnique américaine : lors de la négociation, on demandera souvent au client blanc de délier un peu plus sa bourse et on accordera régulièrement un rabais à son homologue noir ou latino. Sempiternelle discrimination positive, quand tu nous tiens… En général, la majoration du tarif est inversement proportionnelle à l’usage du préservatif. Effrayant. Certains jours sont plus propices à une flambée des prix : de +30 % et +60 % le 4 juillet (fête nationale américaine), les trottoirs étant également pris d’assaut par les « part-time », littéralement les occasionnelles.

L’étude comporte évidemment son point controversé : une prostituée « maquée » gagnera mieux et bossera moins que sa collègue freelance qui, de surcroît, sera la cible favorite des gangs et/ou de la police (extorsions, violences aggravées, abus sexuels, homicide, etc.). En général, les exigences du « mac » en termes de passes quotidiennes seront plus souples et sa redistribution pécuniaire sera plus avantageuse par rapport à la moyenne du marché, ceci afin d’attirer, de retenir et de motiver les travailleuses les plus sexy et/ou les plus efficaces. A plusieurs reprises, les deux chercheurs ont été sollicités par des prostituées souhaitant être présentées à un mac.

Une étude similaire menée en Equateur fait plus ou moins écho à celle de Levitt et Venkatesh. Dans « Sex Work and Infection : What’s Law Enforcement Got to Do with it ? », Paul Gertler et Manisha Shah, respectivement professeurs d’économie à l’université de Berkley et à l’université de Melbourne, ont constaté que le marché équatorien comportait également une forte segmentation tarifaire en fonction de l’appartenance ethnique du client. Dans ce pays, les maisons closes sont plus présentes et très fréquentées, le préservatif y est utilisé dans 61 % des rapports contre 25 % dans les rues, le même pourcentage qu’à Chicago. Déjà mieux protégées des MST, les travailleuses en maisons closes sont plus jeunes, plus sexy, mieux éduquées et mieux rémunérées que leurs consoeurs outdoor.

La réalité équatorienne tend à démontrer qu’une réglementation de la prostitution limite considérablement la propagation de MST et oriente les travailleuses du sexe vers l’encadrement plus sain et plus sécurisé des maisons closes.

Sur le feu du podium

Dans « In da club », Taggert Brooks, professeur d’économie à l’université du Wisconsin, s’est intéressé aux clients des strip-clubs. Contrairement au préjugés, l’habitué typique de cet endroit est plutôt jeune (entre 25 et 45 ans), célibataire, diplômé d’université souvent aisé, plus à la recherche de sensations fortes ou d’une expérience intime relationnelle que d’une aventure sexuelle proprement dite. La crainte des MST expliquerait en partie ce comportement.

Dans maints strip-clubs urbains américains, le client et la stripteaseuse peuvent se mettre à l’écart dans un petit salon feutré et confortable sous vidéosurveillance permanente. Dans la plupart des cas, notamment dans les grandes villes, il interagira étroitement avec une étudiante exerçant passagèrement ce métier afin de financer ses études. D’un strip-club à l’autre, le client pourra ou non s’adonner à de légers rapprochements tactiles. S’ils le souhaitent, les deux acteurs peuvent prolonger leur relation loin de ce cadre professionnel « hot », l’établissement tenant à tout prix à sa réputation et à ne pas s’attirer les foudres d’un procureur en quête de votes.

Présents à la rencontre annuelle de l’American Economic Association, les cinq économistes ont affirmé que leurs études, aussi précises et détaillées soient-elles, ne doivent point servir de conclusions fermes et définitives. Avec une dose d’humour, ils ont toutefois constaté que, par bien des aspects, la myopie au risque est aussi marquée dans le monde de la finance que dans celui de l’économie du sexe physique.

Toutes proportions étant égales par ailleurs, il serait intéressant de savoir si des nations multi-ethniques comme le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l’Afrique du Sud et l’Australie foisonnent de statistiques équivalentes.

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Phénomène Diablo Cody : scenariste – strip-teaseuse gagne un Oscar

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Du jamais vu et pourtant. Diablo Cody est très certainement le plus curieux, talentueux et original des phénomènes. Cette jeune femme oscarisée dimanche soir pour son brillant scénario de Juno ne cache pas son passé de strip-teaseuse et en joue, dans ses écrits autant que pour faire le buzz…
Comme quoi tout est possible. Auteur de l’excellent roman Candy Girl, Diablo Cody a puisé dans son passé de « nu artistique » pour écrire l’ouvrage mais également toucher avec finesse le sujet et personnages de l’excellent Juno avec Ellen Page.
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Inutile de préciser que son roman pourrait bien prétendre à un biopic, qui sait ? Quant à son prochain scénario, nous l’attendons forcément avec impatience.

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La pole dance, sexy mais pas scandaleuse

Cette danse acrobatique et sensuelle pratiquée autour d’une barre fait de plus en plus d’adeptes chez les romande. Toutefois, souvent assimilée au strip-tease, elle pâtit d’une image sulfureuse. A tort, explique Coralie Bally, fondatrice d’une école de pole dance. Découverte d’une discipline qui sculpte le corps et, souvent, accroît la confiance en soi

Comme les ballerines, elles pratiquent une discipline musculairement exigeante et s’exercent à la barre. Fin du parallèle. Début de la… perpendiculaire! Un angle de nonante degrés sépare en effet la traditionnelle barre horizontale en bois de celle verticale des adeptes de pole dance, la nouvelle danse à la mode. Un angle droit en forme de fossé qui voit le tutu remplacé par la minijupe ou le short. Les chaussons plats s’effacer devant les talons aiguilles. Les réminiscences d’un passé qui renvoie la pole dance – «danse à la barre» – au monde de la nuit et de l’effeuillage? «Idée préconçue erronée», assène Coralie Bally, qui a créé il y a un an et demi Pole-emotion, la plus grande des deux écoles de Suisse romande, qui dispense ses cours à Denges, Gland, Yverdon, et à Crissier à partir du 3 mai (la seconde étant la Royal Dream School, à Montreux).

Depuis dix ans dans les pays anglo-saxons
Il faut dire que son origine sulfureuse, la pole dance la traîne un peu comme un boulet. «De nombreuses personnes, surtout les hommes d’un certain âge, ont des préjugés. Pour beaucoup, la pole dance se limite à une fille nue qui se frotte langoureusement à une barre à la symbolique phallique flagrante», déplore l’enseignante, qui avoue tout de même jouer sur cette image provocante pour faire connaître son… sport. Car il s’agit bien d’un sport, avec, depuis 2005, ses Championnats du monde. «Dans les pays anglo-saxons, d’où elle est originaire, la pole dance se développe depuis une bonne dizaine d’années. Ses barres s’affichent dans les salles de fitness. Au même titre que l’on a eu l’aérobic dans les années 80, je suis convaincue que l’on aura la pole dance d’ici quelques années en Suisse», argumente la blonde quadragénaire.

A la portée de toutes les femmes
Valérie Maury, chorégraphe au Théâtre Barnabé et adepte convaincue, veut aussi croire en l’avenir de la discipline: «En tant que danseuse et professeur de danse, j’ai l’habitude de m’entraîner durement. Mais avec cette danse acrobatique, on travaille le muscle très en profondeur. C’est loin d’être un sport facile!»

Pas facile peut-être, mais «à la portée de toutes les femmes, si ce n’est des futures mamans et de celles qui ont des problèmes de dos, indique Coralie Bally. Parmi mes huitante élèves, on rencontre aussi bien une directrice de banque que des mères au foyer, des femmes de 19 ans et de 63 ans, de Genève ou de Bienne. Les filles sont juste séparées par catégorie de niveau et par goût des acrobaties. Pour pouvoir prétendre avoir une bonne maîtrise, il faut compter trois mois, à raison d’une séance d’une heure à une heure et demie par semaine.»

Une barre dans le salon
Avec son année de pratique au «compte-tours», Sonia, 25 ans, n’est pas une débutante. Elle a commencé la pole dance par curiosité et ne le regrette pas: «Hormis le développement musculaire incontestable de mes jambes, de mes bras et de mes abdos, j’ai appris à cultiver ma féminité. Timide de nature, j’ai vraiment pris confiance en moi. Aux cours, beaucoup s’affranchissent de leurs complexes, car on est toutes logées à la même enseigne. Nous ne faisons pas de comparaisons entre nous, et nous ne cherchons pas la performance. Désormais, j’ai une approche différente de mon corps, et j’ose même porter des talons au bureau, ce qui aurait été impensable il y a un an!»

Comme d’autres élèves, Sonia s’entraîne aussi à la maison. Au milieu de son salon trône une barre rétractable (500 francs), qui ne nécessite pas de trous dans le plafond! «Plusieurs fois par semaine, je m’essaie à réaliser des figures que je vois sur YouTube ou fais des démonstrations à mon copain.»

Et les hommes, dans tout ça, ont-ils aussi accès à la barre? «J’ai organisé un stage la semaine dernière. Il réunissait surtout les conjoints de mes élèves, constate Coralie Bally. Ces messieurs recherchent davantage le côté acrobatique. Il y a une clientèle masculine, mais je ne peux naturellement pas la mélanger avec mes filles.»

Pour l’instant, la barre demeure donc un attribut féminin, féminisant et sensuel. Une ligne droite qui, pour la plupart de ces dames, représente le plus court chemin vers une meilleure acceptation de soi-même…

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A l’affiche du Théâtre Barnabé

«Cette discipline crée un rapport de force des plus intéressants entre le corps et la barre», argumente la chorégraphe Valérie Maury, pour expliquer sa décision d’intégrer la pole dance dans la Revue 2007-2008 du Théâtre Barnabé, à Servion (VD). Du mélange des figures de pole dance et de son goût prononcé pour le jazz moderne est né «Guerriers». Un ballet qui met en scène des geishas qui exercent leur pouvoir sur des samouraïs grâce à la barre. Des samouraïs? Une fois n’est pas coutume, les hommes sont en effet à la barre. «Avec mes danseurs, plutôt voués à la danse classique, au jazz ou au hip-hop, nous avons travaillé pendant six mois, car, au début, ce n’est pas évident, confie Valérie Maury. La fluidité de mouvements et la légèreté des postures aériennes débouchent sur une qualité visuelle nouvelle et originale. En outre, la barre permet d’évoluer en l’air, mais aussi au sol.» Une expérience chorégraphique qu’elle espère bien réitérer.

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Pas de danse poteau au CEGEP

Le projet d’une ex-stripteaseuse d’offrir des cours de danse poteau dans les locaux du cégep de Saint-Jérôme a été refusé à la dernière minute par la direction de l’établissement, qui a jugé la formation «contraire à la mission éducative».

danse poteau
Caroline Piché avait approché le coordonnateur des activités sportives du collège, Richard Campeau, il y a quelques semaines.

Elle souhaitait dispenser dès le mois de mars une formation de danse érotique «où la séduction est au rendez-vous», peut-on lire sur sa carte d’affaires.

Selon Mme Piché, une réservation pour laquelle elle avait payé avait même été complétée.

L’administration ne savait pas

Or, l’administration du cégep affirme qu’elle ignorait tout de l’entente qu’avait négociée l’ancienne effeuilleuse.

«La danse dans les cages, c’est contestable et je ne pense pas que M. Campeau était au courant de cela lorsqu’il a discuté avec la femme», dit Jacques Moisan, responsable des communications de l’établissement d’enseignement.

Ce sont les annonces colorées que la dame a apposées partout dans le cégep qui ont alerté son directeur Serge Tessier.

«Elle s’affichait comme professeur de danse poteau sans aucune permission, explique M. Moisan. On a fait le lien entre elle et sa réservation.»

Cours non tolérés

Dès qu’elle a été mise au courant des intentions de l’ex-danseuse nue, la direction du cégep lui a fait part que de tels cours ne seraient pas tolérés.

«On a été clairs car on a des mineurs et une éthique, explique M. Moisan. Notre rôle d’encadrement ne nous permet pas ça.»

Caroline Piché affirme pour sa part ne pas se formaliser de la décision du cégep qu’elle n’entend pas poursuivre pour bris de contrat.

«Je vais de l’avant, j’ai déjà trouvé un nouveau local et mon école est très populaire», dit-elle.

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