Jobboom : Article Sex - Night Life - Danseuses Nues - Escorts

Jobboom - Jobboom Magazine juin 2007 -
RECHERCHE ET RÉDACTION: Marie-Hélène Proulx
Aide à la recherche : Jean-Sébastien Marsan
Coordonatrice: Eric Grenier et Annick Poitras

”Richard Poulin a calculé que sur le plan mondial, la prostitution à elle
seule générait 1 000 milliards de dollars US par année, soit l’équivalent
du produit intérieur brut du Canada! Le marché de la pornographie fait aussi
sonner la caisse : dans le monde, il rapporte 87 milliards de dollars CA par
an, suffisamment pour faire fonctionner le réseau de la santé du
Québec pendant quatre ans.

SEX BOUM
Malgré un manque de données officielles, spécialistes et travailleurs
du milieu s’entendent pour dire que l’industrie du sexe explose au Québec
depuis les années 1990, comme dans le reste de l’Occident.
Films 3X et vidéos érotiques sur le Web connaissent un essor appréciable
grâce à l’expertise technologique accessible à Montréal. «Au Québec, un
vedettariat est même en train de naître chez les acteurs pornos», mentionne
Pascale Robitaille. Cette sexologue a donné en 2005 des cours sur la
prévention des MTS à Porn Star Académie - un pastiche impudique de
Star Académie présenté sur le Web, où Français et Québécois apprennent les
rudiments du métier d’acteur porno. La figure la plus célèbre de cette industrie
est sans doute la Montréalaise Lanny Barbie, première actrice porno
québécoise à être choisie «Penthouse Pet» en juin 2003, dans le magazine du
même nom. Sur son site, elle affirme que les Québécoises sont les filles les
plus cochonnes du monde; leur absence naturelle d’inhibitions ferait
d’elles les meilleures pornstars… Cela dit, l’industrie de la porno québécoise
- films, magazines et vidéos sur le Web - est un poids plume en
comparaison de celles des États-Unis et de l’Europe. Selon Yolande Geadah,
féministe et auteure de l’essai La prostitution, un métier comme un
autre? (VLB éditeur, 2003), près de 80 % du contenu pornographique
mondial serait produit chez nos voisins du Sud. «À Montréal, il y a seulement
deux ou trois gros producteurs, dont Érobec, et quelques indépendants,
affirme David Blum, président de la boîte de production de contenus 3X
Montreal Studio Multimedia. On a plus tendance à s’entraider qu’à se nuire.»
Outre le marché de la porno, salons de massages érotiques et agences
d’escortes se multiplient. À Montréal surtout, car là convergent les
consommateurs potentiels - touristes et gens d’affaires friqués. Depuis dix
ans, beaucoup de nouveaux joueurs tentent de faire leur marque, si bien
que la concurrence est vive. «C’est la jungle! s’exclame Johanna,
gérante de l’agence V.I.P. Escortes. Juste dans la métropole, il y a de 150 à
200 agences.» Cette concentration entraîne même à l’occasion des
pénuries de main-d’?uvre! Quant aux salons de massages, leur nombre
aurait doublé depuis cinq ans à Montréal, estime une propriétaire de
salon qui souhaite rester anonyme.
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ADIEU JAGUAR
Richard Poulin explique cette prolifération du commerce de la luxure par le
climat de permissivité qui règne en Occident depuis la révolution sexuelle
et la valorisation des droits individuels. «Acheter des services sexuels ou
consommer de la porno est devenu banal; vendre du sexe est désormais
un métier comme un autre.»
DANS L’INDUSTRIE DE LA VIDÉO PORNO,
UNE ACTRICE A DU MAL À PERCER SI ELLEREFUSE LA DOUBLE
PÉNÉTRATION OU LA SODOMIE.

L’appât du gain dope aussi cette industrie. Beaucoup sont persuadés
de pouvoir y faire fortune. Mais une surprise les attend : l’argent facile est
un leurre. En 1999, Gilles Thibault et deux autres
partenaires ont mis sur pied Mea Culpa, un site où les internautes
peuvent consulter des «photos de charme». «Au départ, on pensait devenir
millionnaires. Mais on a déchanté : on fait à peine 9 000 dollars de profits
par année, qu’on se partage à trois! C’est devenu un revenu d’appoint.»
L’argent ne coule pas non plus à flots dans la fabrication de produits érotiques,
même si les Québécois sont les plus grands amateurs de jouets
lubriques au Canada et les clients les plus assidus des sex shops. «Chaque
année, des fabricants se cassent les dents en tentant de percer le marché
local et mondial», estime Sylvain Séguin, créateur des produits Shunga,
à Montréal. Lui a eu plus de chance : ses crèmes
orgasmiques et ses peintures pour le corps au chocolat, lancées sur le marché
en 2001, sont maintenant vendues dans 70 pays. «J’avais de bons contacts
avec des distributeurs étrangers, car je travaille dans l’industrie de la
fabrication de produits érotiques depuis plus de 20 ans.» C’est d’ailleurs
à lui qu’on doit les fameuses fleurs en condom, qui ont fait un malheur à la fin
des années 1980. Quant aux danseuses nues, masseuses
érotiques, actrices pornos ou prostituées, «elles ne font pas une
tonne d’argent, comme certains l’imaginent», affirme Jenn Clamen,
porte-parole de Stella, un organisme communautaire géré par et pour les
travailleuses du sexe. Par exemple, une escorte à temps plein dans une
agence peut gagner 40 000 dollars par année - une somme cependant
exempte d’impôt, puisque la plupart ne déclarent pas leur revenu. Les actrices
gagnent environ 1 000 dollars pour le tournage d’un film pornographique à
Montréal. Cependant, la notoriété peut faire gonfler les cachets.
Selon la sexologue Pascale Robitaille, les mieux nanties sont en général les
escortes indépendantes, suivies des danseuses nues et des masseuses
érotiques. Leurs horaires sont toutefois variables et leurs journées
de travail exigeantes - 12 heures en ligne dans les salons de massages,
entre autres. Aucune ne reçoit de salaire de base garanti, sauf exception.
Et pour les avantages sociaux, on repassera.
Une situation que René Thibert entend améliorer, du moins pour les danseuses
nues. Propriétaire depuis 10 ans du bar d’effeuilleuses Le Faucon
bleu à Mont-Tremblant et d’une agence de placement de danseuses, il a lancé
ce printemps un projet d’association professionnelle pour les danseuses
nues du Québec, dont il évalue le nombre à 10 000. Le but premier est de
leur délivrer un permis de travail. Ce document garantirait aux propriétaires
de bars qu’elles sont majeures tout en permettant aux femmes de bénéficier
d’assurances collectives pour les soins dentaires et les médicaments. «Je suis
devenu prospère grâce aux danseuses; je veux maintenant faire quelque chose
pour elles.» «PLUS PLUS»
Reste qu’en général, selon des spécialistes et artisans du milieu, les
conditions des travailleuses du sexe

À LA UNE | SEXE INC. se dégradent, principalement à cause
de la concurrence. Selon le calcul de Johanna, il y aurait déjà 7 000 prostitués
dans la métropole, répartis dans les agences d’escortes, les salons de
massages et les clubs de danse nue «Beaucoup de filles tentent leur
chance comme escortes à Montréal», constate Pascale Robitaille. Selon
Yolande Geadah, ces femmes sont séduites par l’argent facile et une vie
en apparence festive. «Dans un contexte où presque toutes les
activités sexuelles sont permises, la prostitution est devenue glamour,
récréative», dit-elle. Hélas, la concurrence a des effets
pervers sur la santé des travailleuses. «Pour attirer les clients, les filles font
maintenant des pipes sans condom», remarque Pascale Robitaille. «Les
masseuses acceptent aussi d’avoir des relations sexuelles pour le prix
d’un massage afin de garder leur clientèle», déplore la propriétaire d’un
salon de massages à Montréal, qui souhaite garder l’anonymat.
Dans l’industrie de la vidéo porno, une actrice a du mal à percer si elle refuse
la double pénétration ou la sodomie. «La mode est aussi au sexe sans
protection, note Richard Poulin. Act Up, une association française qui s’oppose
à la porno sans préservatif, a publié une impressionnante liste d’acteurs
morts du sida. Aussi, une enquête menée aux États-Unis en 2003-2004
auprès de 243 acteurs pornos indiquait que 43 % d’entre eux avaient une
infection transmise sexuellement.» Selon Yolande Geadah, la banalisation
de la pornographie est en partie responsable de la dégradation des
conditions de travail dans l’industrie. «Plus les gens consomment de la
porno, plus ils ont besoin de scènes qui transgressent leurs limites pour
ressentir de l’excitation. Cela va jusqu’à la violence.» Certains hommes
cherchent ensuite à reproduire ce qu’ils ont vu dans ces films, avec l’aide
des marchands de sexe. René Thibert fait un constat similaire.
«Les bars de danseuses n’attirent plus les foules, car la nudité est devenue
banale. À la télé, il ne se passe pas une demi-heure sans qu’on voie une paire
de seins. Il faut offrir toujours plus aux clients, d’où l’arrivée de la danse
contact, où ils peuvent toucher les filles.»”
”What’s next?”

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http://jobboom.v1.myvirtualpaper.com/magazine/2007061801/?page=23

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