Propriétaire et locataires du Studio sont inquiets

La Voix de l’Est

(Granby) Les propriétaires du bar Le Studio vivent des moments d’incertitude depuis que la Ville a annoncé son intention d’exproprier leur commerce. Hier, Mathieu Girard et Yan Pellerin s’inquiétaient pour l’avenir de leur gagne-pain.

Ils ne digéraient pas non plus l’accueil que leur a réservé le maire Richard Goulet. «On est allés à l’hôtel de ville parce qu’on voulait un rendez-vous pour discuter. Le maire nous a dit qu’on allait se faire exproprier, point final», lance M. Girard.

«J’allais là de bonne volonté, mais on a été reçus en sauvages!», renchérit M. Pellerin, qui exploite le bar du 176 Principale depuis quatre ans. La moitié de ses parts a été vendue à Mathieu Girard il y a six mois.

Yan Pellerin prétend avoir «un bail à vie». «Le Studio a un droit acquis, mais ils peuvent nous déménager.» Ce dernier fait toutefois remarquer que relocaliser un commerce comme le sien ne se fait pas en criant ciseau. «Mon commerce vaut dans les 7 chiffres et déménager mon fonds de commerce, ça coûte cher. Ce n’est pas une boutique de linge!»

L’homme d’affaires insiste néanmoins: il ne souhaite pas semer la bisbille. «J’ai demandé une rencontre avec notre conseiller municipal Michel Mailhot. On veut régler ça à l’amiable avec la Ville.»

Il dit avoir déjà repéré deux sites intéressants dans le secteur des Galeries et de la route 112, les seules zones où ce genre de commerce est désormais permis.

«Je ne suis pas contre le fait qu’on veuille revitaliser le centre-ville. Ça pourrait même être bon pour nous de déménager. Mais on restera ouvert ici le plus longtemps possible», affirme M. Pellerin.

«Si on vient qu’à se faire exproprier, on n’aura pas le choix. Mais on aimerait que ça se fasse de façon professionnelle», avance Mathieu Girard.

Un avocat dans le dossier

Le propriétaire de l’édifice du 176 Principale, Michel Therrien, a quant à lui préféré limiter ses commentaires, hier.

«Voilà plusieurs mois, la Ville a communiqué avec moi pour savoir si j’étais intéressé à vendre. Au prix qu’ils m’offraient, j’ai refusé. Aujourd’hui, je me retrouve face à l’expropriation. J’ai rendez-vous avec mon avocat pour connaître mes recours. C’est tout ce que j’ai à dire», a-t-il déclaré à La Voix de l’Est.

Précision

Par ailleurs, une précision s’impose dans ce dossier. Le montant de 226 800 $ que la Ville de Granby déposera devant le Tribunal de l’expropriation - et qui correspond à 70 % de l’évaluation municipale du bâtiment - ne correspond pas à une offre d’achat de départ. Il s’agit plutôt d’un dépôt pour entamer les procédures.

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Expropriation du bar Le Studio: le CALACS encourage la démarche

La Voix de l’Est

Le CALACS (Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel) tient à manifester publiquement son appui dans les procédures d’expropriation du bar Le Studio annoncées par le conseil municipal en début de semaine.

Pour le CALACS, l’enjeu est beaucoup plus grand que le simple fait d’embellir le centre-ville de Granby! Le CALACS y voit une opportunité pour la population et les élu(e)s de prendre conscience du phénomène et surtout de prendre position contre la machine qu’est l’industrie du sexe. Cette industrie même qui exploite sexuellement nos femmes, nos filles, nos enfants… Que l’on parle de bar de danseuses nues, de salon de massage sexuel, de prostitution, d’escortes, de traite des femmes, bref de toutes ces nombreuses facettes d’exploitation sexuelle, le point en commun reste le même: la violence faite aux femmes. Notre message est clair: il faut que ça cesse!

Le commerce sexuel, rappelons -nous, a littéralement explosé au cours des 30 dernières années avec son industrialisation et sa banalisation nous laissant aux prises avec plusieurs conséquences dont le phénomène de l’hypersexualisation de la société, sujet qui nous préoccupe de plus en plus.

Une recherche effectuée en 2007 par Pierette Bouchard va dans ce sens en dénonçant que «les messages sociaux sont parfois tellement forts qu’il devient difficile de savoir exactement ce que l’on veut, à quoi nous consentons. S’agit-il d’une envie personnelle, d’un choix, d’une décision libre ou au contraire du résultat d’un matraquage mental réussi? On en arrive même à ne plus savoir si nous consentons réellement, de façon libre et éclairée. Certaines fois la pression implicite est si intense et intériorisée qu’elle pousse à aller à l’encontre de ses propres sentiments et à se conformer aux messages sociaux…» On parle de consentement fabriqué! Alors, le fait que l’on invite les jeunes filles de la population au mercredi rigolade au bar Le Studio, à monter sur scène afin de déterminer laquelle fera la danse la plus sexy, étant encouragées par leurs amis, les clients de la place et leur portefeuille, valide cet énoncé et nous inquiète grandement.

L’article 3.5.2 de la politique gouvernementale provinciale pour l’égalité entre les femmes et les hommes «Pour que l’égalité de droit devienne une égalité de fait» 2006 concernant l’exploitation sexuelle et la traite des femmes est clair. Il appelle à la mobilisation de l’ensemble de la société, les hommes autant que les femmes, l’État comme les partenaires sociaux et économiques, et ce, afin que se poursuivent les changements de mentalité qui nous permettront d’atteindre l’égalité de fait.

Article 3.5.2: «Au Québec, comme partout ailleurs, la prolifération des activités lucratives liées à l’industrie du sexe et à la prostitution (spectacles de danseuses nues, agences d’escorte, salons de massage sexuel, prostitution de rue, vidéos pornographiques, etc.) fait en sorte qu’un nombre croissant de jeunes personnes, généralement des femmes, offrent des services sexuels pour assurer leur subsistance. Les études indiquent clairement que ces femmes subissent un niveau de discrimination et de violence très élevé. L’exploitation sexuelle des femmes adultes et des adolescentes est une activité économique qui génère des profits importants, notamment pour les organisations criminelles, dont les gangs de rue.

Il appartient donc, à tous et chacun de se questionner, de tenter de connaître tous les impacts de l’industrie du sexe qui exploite femmes et enfants afin de se positionner et d’agir en conséquence.

Sophie Labrie

pour le CALACS de Granby

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Bar de danseuses nues Le Studio classique exproprié

Granby veut se débarrasser des danseuses nues au centre-ville. La Ville a entrepris d’exproprier son dernier bar érotique pour attirer plus de familles.

«Dans le cadre de la revitalisation du centre-ville, on considère qu’il y a des commerces qui sont tout simplement inappropriés», lance le maire Richard Goulet.

«On est rendu en 2008, ça fait plusieurs années qu’on parle du statut de la femme», poursuit-il.

Son administration a décidé lundi d’exproprier un bâtiment de la rue Principale qui abrite depuis plus de 25 ans le bar de danseuses Le Studio classique.

Pas de plaintes

La maire avoue pourtant que l’établissement ne posait pas de problème de sécurité et qu’il n’y avait pas de plaintes de citoyens.

Granby invoque son Programme particulier d’urbanisme (PPU) pour justifier l’expropriation, afin d’«embellir» le centre-ville. Une fois le bâtiment rasé, une place publique, un parc ou un autre bâtiment pourrait être érigé.

Indignation

Les propriétaires du bar, qui n’avaient pas été avisés par la municipalité, tombent des nues.

«On a l’impression de se faire tasser à cause de notre type de commerce. On n’est pas une place à problème. On a toujours payé toutes nos taxes et on a un droit acquis de la Ville», dénonce Mathieu Girard, copropriétaire du Studio.

«On ne fait rien de mal, tout est légal», ajoute-t-il en espérant que la Ville les aidera à se reloger.

Le départ de l’unique bar de danseuses du centre-ville de Granby est bien accueilli par la plupart des citoyens rencontrés par le Journal. «Le centre-ville, c’est pour la famille», tranche la résidante Jocelyne Nortel.

Selon un expert en droit municipal, l’adoption d’un PPU permet une grande liberté aux Villes pour planifier l’ensemble de leur centre-ville, sans toutefois cibler des commerces précis.

«Dans le cadre d’un PPU, c’est courant de se débarrasser de certaines activités qui ne cadrent pas avec le type de développement d’un secteur», indique l’avocat Francis Gervais.
Source

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