L’industrie du sexe carbure aux événements sportifs, à commencer par le Grand Prix de Formule Un, qui occupe la pole en ce qui a trait au nombre de touristes qui débarquent dans la métropole. Mais de l’avis même de ceux qui œuvrent dans ce domaine, les années d’or sont maintenant choses du passé.
Le retour du Grand Prix est évidemment salué du côté des bars de danseuses du centre-ville à cette période de l’année «En juin, c’est un peu mort, car le hockey est fini. Et quand le beau temps arrive, les gens vont sur les terrasses», explique Richard, gérant au célèbre Chez Parée.
«Nous allons doubler le nombre de serveuses. Il y aura de 10 à 15 danseuses de plus.» Il pourrait donc y avoir jusqu’à 60 effeuilleuses samedi soir. Ces dernières amasseront en moyenne 800 $, estime le gérant, qui rappelle que ce chiffre peut grandement varier. «Certaines vont faire jusqu’à 220 $ de l’heure.»
Un pactole auquel des danseuses de l’extérieur de la métropole aimeraient bien toucher. «Deux semaines avant le Grand Prix, le téléphone n’arrête pas de sonner, elles veulent venir travailler pendant la semaine. Mais chez nous, on préfère récompenser nos filles qui travaillent à l’année.»
Clientèle à la baisse
Lors des dernières éditions du GP, l’achalandage dans ce type de bars a toutefois chuté. «Avant, on accueillait jusqu’à 1 000 personnes le vendredi et samedi, mais on a constaté une baisse dans les trois dernières années. J’attends environ 600 personnes», explique Rob du Gentlemen’s Choice.
«À moins que la trêve de l’année dernière donne envie aux étrangers de revenir à Montréal», fait valoir une barmaid dénommée Angel, qui voit venir cette fin de semaine avec une certaine appréhension. «C’est moins gros que ce ne l’était, mais il y a quand même beaucoup de monde. Il y a trop de stress pour rien. C’est le fun pour l’argent, mais on travaille très fort.»
Assise au fond du bar, Erin, a hâte de voir si ce que lui ont raconté ses consœurs se concrétisera. «On m’a dit que c’est le gros party et que certaines gagnent jusqu’à 3 000 $ par soir. Mais moi, avec un minimum de 1 200 $ par soir après dépenses, je serais contente», fait valoir celle qui prévoit travailler 72 heures de mardi à dimanche.
Des journées qui sont éreintantes fait remarquer Diamond, de Chez Parée. «Tu te promènes avec ces gros talons hauts, tu danses, tu fais la conversation avec tout le monde. Je te jure que quand tu arrives à la maison, ce n’est pas long que tu dors».
Car, assis à côté d’elle, Cyndi explique qu’il est faux de croire que l’argent pleut automatiquement sur les belles femmes. «L’allure ne suffit pas. Si tu es juste belle, le client va te donner 15 $ et ce sera fini. Il faut être capable de faire la discussion avec les jeunes, les vieux, intelligents ou cons, et être intéressante et dynamique.»
La loi de la jungle
De plus, pour s’assurer de demeurer compétitif, les propriétaires de bars n’hésitent pas à doubler le nombre de danseuses, qui doivent rivaliser d’adresses et de charmes pour mettre la main sur les convoités dollars.
«Comme chaque année, le tiers de filles vont faire plein d’argent, un tiers vont gagner autant qu’à l’habitude et les autres vont partir en pleurant, car elles n’auront pas réussi à se mettre en valeur en raison de la compétition», avance Kaiya, qui danse au Downtown depuis maintenant 10 ans.
«Il y a tellement de belles filles que les gars veulent toutes les voir avant de se payer une danse», explique celle qui est nostalgique de l’époque où le taux de change avec le dollar américain était plus favorable. «Quand on me donnait un billet de 100 $, il y avait automatiquement un pourboire de 50 $!»
Et les escortes?
«Ce n’est pas aussi fantastique que ce que le monde pense. On ne fait pas travailler plus de filles et les prix demeurent les mêmes. À titre d’exemple, il y a deux ou trois ans, le samedi du GP, c’était complètement mort. Ce n’est plus ce que c’était il y a 10 ans» dit Johanna, de chez Incognito Escorts.
Une baisse d’achalandage qu’elle attribue aux danses contact dans les bars, qui sont venues gruger une part de sa clientèle.
La multiplication du nombre d’agences a également changé la donne. « N’importe qui peut partir une agence. «Quand on a un gâteau pour cinq personnes et qu’on le coupe en 100 morceaux, ça fait des plus petits morceaux.»
Un constat que partage Marie, chez Les Séductrices. «Je m’attends à une dizaine d’appels supplémentaire par jour, mais pas plus.» Elle précise néanmoins que certaines escortes tireront leur épingle du jeu «si elles connaissent les bonnes personnes», car souvent, «les filles se font référer par du bouche-à-oreille.»
Source: Canoë, Agence QMI
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