Cette danse acrobatique et sensuelle pratiquée autour d’une barre fait de plus en plus d’adeptes chez les romande. Toutefois, souvent assimilée au strip-tease, elle pâtit d’une image sulfureuse. A tort, explique Coralie Bally, fondatrice d’une école de pole dance. Découverte d’une discipline qui sculpte le corps et, souvent, accroît la confiance en soi
Comme les ballerines, elles pratiquent une discipline musculairement exigeante et s’exercent à la barre. Fin du parallèle. Début de la… perpendiculaire! Un angle de nonante degrés sépare en effet la traditionnelle barre horizontale en bois de celle verticale des adeptes de pole dance, la nouvelle danse à la mode. Un angle droit en forme de fossé qui voit le tutu remplacé par la minijupe ou le short. Les chaussons plats s’effacer devant les talons aiguilles. Les réminiscences d’un passé qui renvoie la pole dance - «danse à la barre» - au monde de la nuit et de l’effeuillage? «Idée préconçue erronée», assène Coralie Bally, qui a créé il y a un an et demi Pole-emotion, la plus grande des deux écoles de Suisse romande, qui dispense ses cours à Denges, Gland, Yverdon, et à Crissier à partir du 3 mai (la seconde étant la Royal Dream School, à Montreux).
Depuis dix ans dans les pays anglo-saxons
Il faut dire que son origine sulfureuse, la pole dance la traîne un peu comme un boulet. «De nombreuses personnes, surtout les hommes d’un certain âge, ont des préjugés. Pour beaucoup, la pole dance se limite à une fille nue qui se frotte langoureusement à une barre à la symbolique phallique flagrante», déplore l’enseignante, qui avoue tout de même jouer sur cette image provocante pour faire connaître son… sport. Car il s’agit bien d’un sport, avec, depuis 2005, ses Championnats du monde. «Dans les pays anglo-saxons, d’où elle est originaire, la pole dance se développe depuis une bonne dizaine d’années. Ses barres s’affichent dans les salles de fitness. Au même titre que l’on a eu l’aérobic dans les années 80, je suis convaincue que l’on aura la pole dance d’ici quelques années en Suisse», argumente la blonde quadragénaire.
A la portée de toutes les femmes
Valérie Maury, chorégraphe au Théâtre Barnabé et adepte convaincue, veut aussi croire en l’avenir de la discipline: «En tant que danseuse et professeur de danse, j’ai l’habitude de m’entraîner durement. Mais avec cette danse acrobatique, on travaille le muscle très en profondeur. C’est loin d’être un sport facile!»
Pas facile peut-être, mais «à la portée de toutes les femmes, si ce n’est des futures mamans et de celles qui ont des problèmes de dos, indique Coralie Bally. Parmi mes huitante élèves, on rencontre aussi bien une directrice de banque que des mères au foyer, des femmes de 19 ans et de 63 ans, de Genève ou de Bienne. Les filles sont juste séparées par catégorie de niveau et par goût des acrobaties. Pour pouvoir prétendre avoir une bonne maîtrise, il faut compter trois mois, à raison d’une séance d’une heure à une heure et demie par semaine.»
Une barre dans le salon
Avec son année de pratique au «compte-tours», Sonia, 25 ans, n’est pas une débutante. Elle a commencé la pole dance par curiosité et ne le regrette pas: «Hormis le développement musculaire incontestable de mes jambes, de mes bras et de mes abdos, j’ai appris à cultiver ma féminité. Timide de nature, j’ai vraiment pris confiance en moi. Aux cours, beaucoup s’affranchissent de leurs complexes, car on est toutes logées à la même enseigne. Nous ne faisons pas de comparaisons entre nous, et nous ne cherchons pas la performance. Désormais, j’ai une approche différente de mon corps, et j’ose même porter des talons au bureau, ce qui aurait été impensable il y a un an!»
Comme d’autres élèves, Sonia s’entraîne aussi à la maison. Au milieu de son salon trône une barre rétractable (500 francs), qui ne nécessite pas de trous dans le plafond! «Plusieurs fois par semaine, je m’essaie à réaliser des figures que je vois sur YouTube ou fais des démonstrations à mon copain.»
Et les hommes, dans tout ça, ont-ils aussi accès à la barre? «J’ai organisé un stage la semaine dernière. Il réunissait surtout les conjoints de mes élèves, constate Coralie Bally. Ces messieurs recherchent davantage le côté acrobatique. Il y a une clientèle masculine, mais je ne peux naturellement pas la mélanger avec mes filles.»
Pour l’instant, la barre demeure donc un attribut féminin, féminisant et sensuel. Une ligne droite qui, pour la plupart de ces dames, représente le plus court chemin vers une meilleure acceptation de soi-même…
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A l’affiche du Théâtre Barnabé
«Cette discipline crée un rapport de force des plus intéressants entre le corps et la barre», argumente la chorégraphe Valérie Maury, pour expliquer sa décision d’intégrer la pole dance dans la Revue 2007-2008 du Théâtre Barnabé, à Servion (VD). Du mélange des figures de pole dance et de son goût prononcé pour le jazz moderne est né «Guerriers». Un ballet qui met en scène des geishas qui exercent leur pouvoir sur des samouraïs grâce à la barre. Des samouraïs? Une fois n’est pas coutume, les hommes sont en effet à la barre. «Avec mes danseurs, plutôt voués à la danse classique, au jazz ou au hip-hop, nous avons travaillé pendant six mois, car, au début, ce n’est pas évident, confie Valérie Maury. La fluidité de mouvements et la légèreté des postures aériennes débouchent sur une qualité visuelle nouvelle et originale. En outre, la barre permet d’évoluer en l’air, mais aussi au sol.» Une expérience chorégraphique qu’elle espère bien réitérer.
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